Adopté en novembre 2024, le Plan Local d’Urbanisme bioclimatique de Paris redéfinit les règles de construction, de rénovation et d’aménagement dans la capitale. Objectif : atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, végétaliser massivement et privilégier la réhabilitation plutôt que la démolition. Louis Vignaud, architecte DESA et chef de projet chez IDRA AMO, partage son expérience et ses conseils pour naviguer dans ce nouveau cadre.


Dans son bureau encombré de plans, Louis Vignaud parle de la ville comme on parle d’un vieux compagnon : avec affection, lucidité et un brin d’impatience. Architecte DESA et chef de projet chez IDRA AMO, il interroge quotidiennement ses projets en cours à la lumière des nouvelles règles qui façonnent Paris depuis l’adoption du Plan Local d’Urbanisme bioclimatique.

Son parcours a des allures de trait d’union entre deux mondes. Une classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs, un double diplôme entre l’École Spéciale d’Architecture et l’École Spéciale des Travaux Publics, puis des débuts sur des chantiers d’envergure, avant un passage marquant dans l’agence Clé Millet, spécialisée dans les grands équipements culturels. « Cette expérience m’a beaucoup appris sur la gestion de projet, sur les concours, les phases APS, mais aussi le suivi de chantier », raconte-t-il. Aujourd’hui, chez IDRA AMO, il mène des projets aussi variés qu’un programme de logements, un hôtel ou un espace événementiel. La plupart sont parisiens, donc directement concernés par le nouveau PLU, « avec toutes ses contraintes, mais aussi ses nouveautés et ses avancées »

Rue Ricaut 13 Crédit photo : Josephine Brueder / Ville de Paris

Adopté en novembre 2024, ce texte veut donner à Paris les moyens de ses ambitions : neutralité carbone en 2050, dix mètres carrés d’espaces verts par habitant, priorité à la réhabilitation plutôt qu’à la démolition. Louis en reconnaît la valeur. « Un meilleur cadre, un meilleur accompagnement des projets de plus grande ampleur, une meilleure protection des intérêts communs. » Mais il sait aussi que certaines petites opérations voient leurs budgets gonfler sous l’effet de nouvelles normes.


« Il faut reconnaître qu’il y a un fort enjeu social et environnemental, louable et saluable, dans ce nouveau PLU, mais qui, effectivement, rajoute des contraintes complexes. Certains projets, pour pouvoir les absorber, auraient dû se métamorphoser dans leur budget. »


Depuis son entrée en vigueur en février 2025, le PLU a rallongé les temps d’étude. « C’est une version bêta pour tout le monde », note-t-il. Les services municipaux s’alignent peu à peu, mais certaines directions travaillent encore avec les critères de l’ancien texte. De quoi générer contradictions, contre-indications et semaines de délai supplémentaires. « Notamment sur les règles de gabarit, on se retrouve très rapidement à devoir élaborer trois ou quatre scénarios, sans savoir lequel sera validé. Même lors des entretiens, il subsiste une prudence : les projets semblent passer, mais rien n’est garanti avant l’obtention du permis de construire. » Pour s’y retrouver, Louis conseille de solliciter la Direction de l’Urbanisme le plus tôt possible, et parfois même de « se déplacer pour tenter sa chance » et obtenir un rendez-vous en amont.


Pour autant, il ne parle pas de radicalité. « On ne peut pas dire que le PLU soit vraiment radical sur le plan environnemental. On pourrait être plus strict. Mais c’est dans une véritable transformation. On oriente les projets pour qu’ils soient pensés vertueux. » Certaines règles lui paraissent perfectibles, notamment sur la surélévation : « Aujourd’hui, la règle prévoit une limitation d’exception à 12 mètres : la voirie doit mesurer au moins douze mètres de large pour qu’un projet puisse bénéficier d’un dépassement de surélévation d’habitation. C’est une contrainte très stricte, et je trouve dommage qu’elle ne laisse pas plus de souplesse. On pourrait imaginer une règle différente, qui s’appuie non pas uniquement sur un seuil chiffré, mais sur une formule de calcul prenant en compte la hauteur globale des bâtiments voisins et d’autres critères contextuels. Ce serait une manière plus cohérente de dire : on ne cherche pas à densifier Paris partout, mais à densifier là où cela a du sens. Cette approche pourrait, par exemple, s’appuyer sur l’obligation de fournir un diagramme solaire lors de la demande de permis de construire, associé à une formule de calcul qui intégrerait la hauteur des bâtiments voisins, celle des bâtiments sur cour, ainsi que la destination du bâtiment concerné. Avec ce type de règle, on pourrait autoriser des logements un peu plus hauts – sans parler de tours – mais suffisants pour créer davantage de logements. Même si certains rez-de-chaussée étaient moins qualitatifs, on pourrait les requalifier autrement, notamment grâce à la végétalisation des cours ou à d’autres aménagements.

Louis souligne également les zones d’ombre d’un règlement encore neuf. « Dans certains cas, les normes imposées par le PLU peuvent mettre en péril la viabilité même d’un projet. On se heurte parfois à un manque de contact direct avec les autorités : même si l’on bénéficie de l’accompagnement de la Direction de l’Urbanisme dès le début d’un projet, on ne peut rencontrer l’ABF que sur sa demande. Cela génère des confusions, des quiproquos qui rallongent les délais de plusieurs mois sans que ce soit nécessaire. » Et d’ajouter : « Par exemple, la formule permettant de qualifier une réhabilitation lourde n’est pas explicitée. On dépose une demande, puis on attend un mois pour recevoir le mode de calcul. Ce type d’information devrait être accessible immédiatement dans le PLU. »


Le PLU de Paris est très bien fait, bien mieux que de nombreux autres. Mais son efficacité dépendra de l’appropriation par tous les acteurs.


Mais son regard reste mesuré, parfois même enthousiaste. « On arrive à trouver des solutions pour appliquer les règles du PLU, on est bien accompagné. Et dans sa lisibilité globale, il est très bien fait, bien mieux que de nombreux PLU. » À ses yeux, ce texte est « un pas en avant considérable, mais pas une solution finale ». Son efficacité dépendra de l’appropriation par tous les acteurs. « Il faut que les architectes en premier lieu s’en saisissent, comprennent l’enjeu et l’appliquent avec la bonne compréhension. Puis que les promoteurs, porteurs de projets, maîtrises d’ouvrage et entreprises suivent ce mouvement vers des projets vertueux. »


« Je ne pense pas que le PLU soit radical. C’est une transformation profonde, qui oriente les projets pour qu’ils soient pensés vertueux. »


Et lorsqu’on l’invite à projeter Paris en 2055, ses mots se font rêveurs. Il voit une capitale plus verte, désimperméabilisée, où les cours intérieures, les toitures et les façades sont devenues de véritables régulateurs climatiques. Des logements traversants offrant une meilleur luminosité et régulation thermique aux habitants. Un bâti qui respire grâce à la ventilation naturelle, à l’isolation optimisée, où la végétation massive permet, en plein été, de passer de 42° sur un bitume à 34° dans une rue ombragée. « Ce serait une vraie victoire. »
Aux jeunes architectes, il adresse un message qui sonne comme un manifeste : « Continuons de rêver. L’architecture, c’est un perpétuel essai. Ce qu’on fera sera toujours à améliorer, donc autant tenter. » Et surtout, dit-il, « partageons nos acquis, nos recherches, réinstallons une transversalité entre porteurs de projets, administrations, architectes et constructeurs ».
Louis Vignaud ne voit pas le PLU bioclimatique comme un carcan, mais comme une invitation. Une invitation à chercher, discuter, inventer… et à bâtir, pierre après pierre, un Paris qui sera, peut-être, plus durable et plus vivant que jamais.


Continuons de rêver. L’architecture, c’est un perpétuel essai. Ce qu’on fera sera toujours à améliorer, donc autant tenter.

Repères – Pour en savoir plus sur le PLU bioclimatique de Paris

  • Adoption : 20 novembre 2024 par le Conseil de Paris
  • Objectifs clés :
    • Offre de logement démocratisée et partout dans la ville
    • Neutralité carbone en 2050
    • 10 m² d’espaces verts par habitant
    • Réhabilitation prioritaire et sobriété énergétique pour les grands bâtiments
    • Mobilités douces privilégiées
    • Protection et désimperméabilisation des sols
    • Dynamisation du quartier du quart d’heure avec une offre renforcée d’équipements et de service au plus près des habitants
  • Mesures phares :
    • Toitures, façades et balcons végétalisés
    • Encadrement des gabarits et densités
    • Normes énergétiques et bioclimatiques renforcées
  • Plus d’infos : Ville de Paris – PLU
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